Pourquoi écrire sa biographie quand on n’a pas l’âme d’un écrivain ?

En tant que lectrice régulière — de celles qui ont besoin d’avoir deux ou trois ouvrages sur leur table de chevet et qui ne partent jamais en week-end sans eux —, la figure de l’écrivain m’a toujours captivée. Non pas pour les nuits d’encre, la solitude, les pages blanches et les humeurs noires qu’on lui associe souvent, mais plutôt pour l’acte de création qu’elle déploie à travers l’écriture. Fascination ou pas, combien s’empêchent de faire de leur propre histoire un livre pour la simple raison qu’ils n’ont ni l’imagination fertile, ni la matière et encore moins les talents d’un écrivain ?

Préjugé n° 1 : « Mon histoire est trop banale. »

Bien sûr, les destins hors du commun ou les grands drames sont de nourricières matières romanesques. Pourtant, nombreux sont les auteurs à célébrer la simplicité et la réalité d’un quotidien ordinaire. Dans son ouvrage Pas Pleurer (Prix Goncourt 2014), Lydie Salvayre donne la parole à sa mère immigrée espagnole, en restituant avec sa voix et son accent la mémoire de sa jeunesse. De La Place à Les Années, l’intégralité de l’œuvre d’Annie Ernaux (prix Nobel de littérature 2022) est consacrée à sa condition sociale, à sa trajectoire personnelle et à sa vie intime de femme.

Dans ma pratique de biographe familiale, j’ai recueilli le récit de mères « au foyer ». L’une m’a décrit sa rude enfance durant les heures sombres du franquisme, l’autre son adolescence insouciante dans l’Argentine d’Évita Perón ; elle m’on parlé de leurs choix et de leur quotidien d’épouse et de mère… Deux statuts semblables, et pour autant des témoignages uniques parce que chaque vie est digne d’être racontée, et nous sommes tous les auteurs de notre propre existence.

Préjugé n° 2 : « Je n’ai pas de talent de conteur. »​

Être l’écrivain de sa vie, soit. Mais comment oser franchir le pas quand on ne maîtrise pas les codes de l’écriture ?

Comme vous peut-être, la puissance évocatrice du style, la musicalité des mots, le rythme du texte comptent beaucoup dans mon plaisir de la lecture. Cependant, qu’elle soit filée comme de la dentelle ou ciselée au cordeau, poétique ou rugueuse, qu’elle nous remue, nous dérange ou nous séduise dès la première ligne, la force d’une histoire n’est-elle pas, au fond, de nous toucher au coeur, quelle qu’en soit la manière ? Ainsi, avec son style « plat », comme elle se plait à le revendiquer, Annie Ernaux ne raconte-t-elle pas, en définitive, une part de nous-mêmes ?

Et puis, rassurez-vous, rédigez sa biographie avec l’aide d’un professionnel, ne signifie pas s’engager dans un concours littéraire. L’intention est ailleurs : vous offrir un espace de liberté pour déposer par écrit ce qui compte pour vous. Avec les mots et la langue qui sont les vôtres.

Alors, quoi, est-ce à dire que, dans une biographie, au diable le style ? Bien au contraire, c’est précisément à cet endroit que mon délicat métier d’artisane des mots prend toute sa valeur :

  • L’écoute attentive : pour capter votre oralité, votre souffle, vos silences, vos gestes et vos expressions familières ;
  • Le travail de la matière : pour transcrire, structurer, clarifier et fluidifier votre récit sans jamais en altérer l’authenticité.

Vos paroles et votre timbre de voix, ma plume un brin caméléon : c’est ce duo qui permet d’extraire la singularité de votre existence et de la graver sur le papier, en gardant toujours à l’esprit l’émotion que ressentiront vos futurs lecteurs.

Laissez mûrir le fruit​

Si l’idée de raconter votre histoire commence à faire son chemin, prenez le temps. Écrire le livre de sa vie est une traversée introspective qui nécessite une maturité suffisante. Quand le moment sera venu, la porte de mon atelier vous sera grande ouverte. Il suffira de frapper trois fois pour que le premier acte I pourra débuter.

À très vite,

Béatrice